A l’IFM, Paroles d’écrits

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A l’IFM, Paroles d’écrits

Propos recueillis par Manuel Bengoechea

J’écrivais d’abord pour moi-même, j’aimais cela comme j’aimais lire, écouter de la musique ou visionner un film

Puis, j’ai écrit le roman pour satisfaire ce désir de plus en plus envahissant d’écrire et parallèlement j’ai continué à écrire de la poésie

Je donnais tout ça à lire à de rares personnes, qui pour le roman m’ont conseillé d’essayer de le publier (pas la poésie parce que pour eux ce n’était rien de plus qu’un passe-temps qui ne débouchait sur rien, ne générait pas de revenus et donc n’intéressait personne)

Mon entourage familial me regardait avec indifférence. Pour eux, je me distrayais et ma distraction était innocente et ne portait pas à conséquence, ça ne risquait pas d’influencer négativement mon éducation sociale et religieuse ni mon comportement général.

Ils n’auraient certainement pas aimé voir publié sous mon vrai nom ce flot de sentiments. Mais ils ne l’auraient pas non plus lu peut-être ni même su pour sa publication. Ils ne prenaient pas mon activité littéraire au sérieux. Ils ne m’encourageaient pas mais ne me décourageaient pas non plus. Par prudence, de peur que le livre ne contienne des choses qui le gêneraient, mon père m’a demandé de ne pas mettre mon nom de famille.

J’ai essayé de publier le roman, visant les lecteurs francophones qui aiment lire au sujet des sociétés étrangères, croyant qu’il ne pouvait intéresser mes compatriotes étant entendu qu’ils connaissent déjà tout ce dont je parle dans le roman, et ce sont eux qui m’ont lue et portée aux nues, même ceux qui n’ont pas compris un traître mot de ce que j’écrivais, à cause de la barrière de la langue (il faut dire aussi que ces étrangers francophones ne sont même pas au courant de l’existence de mon livre)

L’artiste n’est pas un artiste à part entière tant qu’il n’a pas un public et c’est ce bonheur-là que j’ai raté pendant si longtemps

J’écrivais pour être heureuse, pour rêver et je suis encore plus heureuse depuis que je partage quelques miettes de ce bonheur et de ces rêves avec les autres

Et je vais vous confier un petit secret : l’étincelle qui met le feu aux poudres chez moi, c’est la musique qui la déclenche

C’est en intégrant facebook que je suis vraiment devenue écrivain, avec de vrais lecteurs, bref un auditoire de rêve, admiratif, qui te lit de loin sans interférer dans ton mode de vie

Je ne me suis sentie lue et approuvée qu’à travers facebook

Facebook a été le tremplin qui m’a mise en contact avec mes lecteurs C’est là où mes écrits ont reçu la meilleure diffusion (le roman par exemple n’a reçu aucune forme de diffusion, il est à peine connu en Mauritanie, à plus forte raison ailleurs)

Le livre publié, je me suis tournée résolument vers la poésie et plus tard la traduction, qui est une autre façon pour moi d’écrire de la poésie et qui est devenue une passion comme tout le reste

La poésie pour moi est un flot de sentiments accompagné de musique

Pour écrire, il faut d’abord avoir la vocation, et il faut lire, énormément, mais le style s’acquiert, un auteur peut être la somme de plusieurs autres auteurs sans les plagier, un auteur peut en rappeler un autre mais chacun aura son style propre