A l’occasion du 8 mars

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A l’occasion du 8 mars

La femme mauritanienne vivait il n’y a pas longtemps dans des tentes. La vie était rude en ce temps-là et compte tenu de ce genre de circonstances, nous pouvons dire qu’elle était choyée par son entourage, parents et mari. Sois belle et tais-toi. Et en même temps, responsable dans son foyer. Un peu paradoxal…

Son statut au sein de la société et au sein de la famille est enviable, par rapport aux autres femmes de la sous-région. Mais, je dirais qu’il est plus clair, plus valorisant, au sein de la société. Entourée des siens, elle est par exemple responsable, sans l’être vraiment. C’est subtil et délicat. Il faut vivre ces relations-là pour les comprendre. Quand je décris la femme mauritanienne, j’ai toujours l’impression que je me contredis.

Comme l’homme était souvent absent, en voyage de commerce ou en berger, il a assez confiance en elle pour la laisser gérer toute seule la vie de la famille au sein du campement. Donc, elle était plus présente chez elle, ce qui l’a obligée à assumer beaucoup de responsabilités toute seule. Elle pouvait prendre la parole en présence des hommes, imposer son point de vue.

Elle pouvait prendre l’initiative du divorce si elle se considérait lésée par son mari, dans n’importe lequel des droits que lui accorde l’islam. Après le divorce, elle était la bienvenue chez elle et pouvait se remarier autant de fois que les autres, sinon plus, contrairement à ses semblables dans les autres pays, musulmans ou non.

Elle peut aussi amasser autant de biens qu’elle le désire et devenir riche et tout garder pour elle ou en faire bénéficier qui elle veut. Elle peut aussi s’approprier les biens de son mari sans difficulté ou en tout cas, ce qu’il veut montrer de ses biens, ce qu’il admet posséder.

L’indépendance du pays l’a propulsée dans la ville. Ce changement ne s’est pas fait en douceur, parce qu’il est énorme. La responsabilité devient plus compliquée, beaucoup de facteurs externes gèrent la nouvelle vie (naissance de l’esprit aux cultures étrangères, scolarisation de tous les enfants, multiplicité des tâches domestiques, accueil de la famille qui vient de la brousse chez soi, élargissement des horizons et des ambitions : voyages, commerces, instruction, culture, éducation, ambition, présence sur la scène politique nationale et internationale)

La femme alors ne se contente plus d’être le chef chez elle, mais brigue l’égalité avec l’homme,
- dans l’instruction (avant, l’instruction des garçons était prioritaire, et dans la plupart des milieux, l’analphabétisme des filles était admis)
- dans les droits civils, qu’elle a obtenus,
- dans les droits politiques qu’elle a arrachés à la force du poignet, par son engagement, sa ténacité, sa lutte acharnée et son courage. Elle est présente dans tous les domaines, l’armée, la santé, l’éducation, l’économie et dans toutes les sphères du pouvoir législatif, exécutif et même judiciaire. Elle est libre dans ses déplacements.

En la comparant à ses consœurs ailleurs, nous pouvons affirmer qu’elle jouit de tous ses droits, qu’elle est respectée et honorée, en tant que sœur, mère et épouse. Elle est respectée dans sa liberté et sa dignité.

Maintenant la femme qui écrit est tout de même sujette à quelques censures, surtout par les lecteurs ayant une instruction traditionnelle. En effet, elle est très sujette aux critiques et ne peut écrire n’importe quoi, à n’importe quel sujet, sans être pointée du doigt, plus que l’écrivain et le poète homme.

Mais cela, c’est dû en grande partie au caractère conservateur de notre société, qui demande à la femme plus de pudeur qu’à l’homme par exemple. Ce conservatisme hérité de la vie nomade et qui se heurte au modernisme de la vie en ville, mais que la femme a surmonté en pliant les circonstances à ses désirs et à ses ambitions, sans rencontrer trop d’opposition du côté des hommes. Tant qu’elle se tient à la place qui lui est attribuée, tant qu’elle ne fait pas trop de vagues autour d’elle, l’égalité est tacite. Mais dès qu’elle fait mine d’un peu trop d’indépendance, elle est remise à sa place, brutalement ou non, cela dépend des milieux, mais bien remise à sa place. Comme ces tortues qui n’arrêtent pas de sortir la tête de leur carapace et de la rentrer aussitôt fait.

Elle s’est parfaitement et très vite adaptée à la vie moderne. Trop vite du goût de certains. De par sa sensibilité, sa finesse et son intelligence, elle est plus malléable, plus influençable, plus souple, plus compréhensive. De par sa vulnérabilité, sa fragilité, elle est devenue plus forte, plus résistante. Tel un roseau, elle peut plier, mais ne casse pas ...

Je l’ai déjà dit et je répète, il n’y a pas de participation, au développement du pays, plus importante que l’éducation des nouvelles générations, apanage de la femme seule, car c’est à la maison que ça se passe réellement. La femme qui travaille fournit des efforts phénoménaux, car elle concilie un travail accaparant, des enfants à éduquer et à instruire, une maison à tenir, alors que l’homme se contente de travailler au bureau uniquement et le reste du temps à se tourner les pouces.

Je pense qu’il faut accorder à ce triple travail l’importance qu’il mérite. Ou au moins le prendre en considération. Un minimum de reconnaissance de ces efforts et un minimum de gratitude l’aideraient considérablement à mener une vie digne sinon heureuse ...