Extrait de ’’La couleur du vent’’ Page 255

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Extrait de ’’La couleur du vent’’ Page 255

Je t’aime encore plus que ce que j’imaginais. Quand j’ai compris que tu ne venais plus, j’ai souffert mille morts. Tu as crevé la bulle de mes illusions. Tu n’as pas honoré ta parole et je vénérais ta parole, trop peut-être. Mes aveux n’ont pas trouvé leur chemin vers toi. Mon cœur est submergé par des vagues de tendresse et de désespoir. Dans mon âme, la plus sombre angoisse épouse le plus brillant espoir. T’ai-je perdu définitivement ? Cela me fait trop mal d’y penser vraiment. Comment as-tu pu être aussi cruel, alors que tu étais si bon ? Comment as-tu pu jouer avec mes sentiments, avec autant de désinvolture ? Pourquoi m’as-tu trahie ? Le plus dur, c’est cet espoir, d’heure en heure plus mince, mais qui refuse de me laisser t’oublier.

En effet, tu peux toujours mettre un terme à ce mariage et tout de suite si tu le voulais. Cette étrange lueur d’espoir toujours, au fin fond des ténèbres, c’est mon plus grand calvaire, le sursaut d’agonie qui recule l’inéluctable. J’essayerai d’enterrer, dans le linceul de ces mots, les pauvres sentiments de mon pauvre cœur. Et toujours, cet espoir qui refuse de mourir. Après toi, que vais-je devenir ? Après toi ! Quel sombre manteau de tristesse que celui que revêt ce mot. Perdre le plaisir de ta proximité. Ne plus te voir, ne plus me remplir les yeux et les sens de ta présence. Perdre ton rire, ton sourire, ton regard qui m’enveloppait de chaleur et de bien-être. La soie de tes paroles dans laquelle je tissais la trame des plus beaux moments de ma vie. Je dépose mon cœur fier et crucifié à tes pieds. Fais-en ce que bon te semble. Mais tu l’as déjà fait. Je hurle mon angoisse dans le vide. Même l’écho ne m’en est pas rendu.

Ma personne se ratatine sous le poids du choc. L’horreur de l’impossible qui advient, de l’inconcevable qui se réalise. Toi et moi des étrangers. Moi, émiettant mon amour-propre aux quatre vents et toi, me toisant de haut, froidement, sans aucune velléité de rapprochement. Moi, égrenant le chapelet de mes souvenirs douloureux, toi, impassible. Moi, remplissant la coupe débordante de mes désillusions, toi, imperturbable. Moi, essayant d’oublier sans succès, toi, de marbre. Tu as été un rêve fugitif, trop beau pour se réaliser. On ne se rend compte du bonheur que quand il est passé.