Extrait de La couleur du vent ... page 156

Imprimer Imprimer

Extrait de La couleur du vent ... page 156

Montant toujours le cheval de ses pérégrinations spirituelles, elle l’éperonna à nouveau et disparut dans un nuage de réflexions moins générales. « Les Mauritaniens sont un peuple généreux et moralisateur, incongru par son existence même, en cette aube du XXIème siècle. Le Mauritanien est en train de perdre ses repères et n’arrive pas à leur substituer d’autres, plus conformes au monde qui l’entoure. Il puise tout de même dans l’état d’esprit qui l’habite, dans cette bigoterie bienheureuse, faite d’un amalgame indissociable de croyances populaires, issues de la nuit des temps et de vérités islamiques plus récentes, un espoir tenace, indéracinable qui illumine sa vie. Il ne réfléchit pas la religion, il la vit, la sent, l’absorbe par tous les pores de sa peau et le bonheur qui en découle n’a pas de prix pour lui. Et il a raison. »Tala, à l’instar des gens de sa race, connaît bien ce bonheur-là, pour le vivre chaque jour que Dieu fait et ne l’échangerait pas contre tout l’or du monde. Elle plaignait de tout son cœur tous ceux qui ne connaissent pas ce sentiment, cette foi sécurisante, qui déplacerait des montagnes, comme les anciens l’ont si bien deviné. Cette assurance en un monde chaque jour meilleur. Cette confiance infinie en Dieu. Ces certitudes forgent une grande endurance, devant les plus mauvais coups de la vie. Les croyants accueillent le pire avec calme et patience et se contentent de dire alors : « Nous sommes à Dieu et nous retournons à Lui » ou bien « Dieu est responsable de nous et il n’est pas de meilleur Tuteur. »