Extrait de La couleur du vent ... page 254

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Extrait de La couleur du vent ... page 254

Accablée, Tala se coucha sur le ventre et enfouit son visage dans ses bras repliés. Elle se laissa submerger avec gratitude par une impression de vide absolu autour de soi, d’intense solitude. Mais une main impitoyable et glacée lui massa le cœur, doucereuse, sournoise et méchante. Insupportable, étouffante souffrance. Et puis de nouveau la délivrance et cette apathie soudaine, ce sentiment de ne plus rien ressentir, d’être à l’abri de toutes les peines et de toutes les joies aussi. Un besoin oppressant, brusque et violent d’une immense obscurité, où elle pourrait se perdre pour toujours et nager dans un néant bienfaisant l’assaillit et ne lui laissa plus de répit. Se replier sur soi, ignorer tout ce qui vous entoure, se cacher le visage en se jetant quelque part. Mais ces sanglots affreux, où les yeux demeurent secs et brûlants, d’où viennent-ils ? Est-ce vraiment elle Tala qui se laisse aller à tant d’indignité ? Et y a-t-il indignité plus grande que de pleurer la désaffection d’un homme ? Une chose si banale et si quotidienne ? La seule chose où les hommes excellent !Elle se releva résolument, essuya ses yeux pourtant secs, et ne put résister au besoin de se confier à son carnet, pour déverser le fleuve de sa peine par l’affluent de l’écriture. Elle griffonna ainsi :

06 juillet

C’est bientôt la fin,

Je l’ai senti, je le sais bien,

Mais cela n’a pas d’importance,

C’est fou et ça n’a pas de sens,

De détruire et à jamais,

Un pauvre cœur que tu aimais.

C’est cela perdre ses rêves, ses espoirs et toutes ses illusions. La dure, blessante et terrible réalité. Que c’est affreux ! Perdre la lumière qui vous aidait à tâtonner dans le noir. Le noir en devient plus opaque et plus glacial. Pleurer son amour perdu, ses rêves évanouis, ses illusions noyées, son bonheur détruit.

Quand elle se relut, elle eut une grimace de dégoût et se promit de déchirer ce tissu de nullités à l’eau de rose. Cela n’empêcha pas les larmes libératrices et bienfaisantes de trouver leur chemin sur ses joues. Elles hésitèrent aux commissures des lèvres frémissantes et moururent dans le cou blanc et rond. Pourrait-elle espérer de nouveau du bleu dans le ciel de son cœur ? Et c’est reparti avec le style Editions Harlequin. Pourtant, une prière ardente s’éleva de son âme à la rencontre de Dieu.- Merci mon Dieu, de toute façon, murmura-t-elle en bonne musulmane, devant l’attaque du destin. Merci mon Dieu d’être en vie et en bonne santé. Rassérénée, elle s’endormit comme un enfant, alors qu’elle n’était même pas tout à fait couchée. Dans son sommeil, la beauté de son visage était brodée d’innocence et de vulnérabilité. Chez certaines personnes, seul le sommeil révèle le charme, alors que Tala endormie était moins belle mais plus fragile. Quelques grains de sable, en suspension dans l’air de la chambre, se déposèrent sur le trajet tracé par les larmes, sillonnant ainsi son visage de brun.