Extrait de La couleur du vent, page 152

Imprimer Imprimer

Extrait de La couleur du vent, page 152

Cette façon que Salek avait d’essayer de forcer sa volonté lui rappelait sa prime jeunesse. De bien douloureux souvenirs. Elle avait douze ans en ce temps-là. Mahfoudh, son frère, la battait avec une cravache pour l’obliger à se marier avec Lemrabott, un riche cousin, éleveur. C’était le frère du premier mari de Lalla. Les deux frères in désirés et indésirables étaient aussi vieux et laids l’un que l’autre et sentaient tous les deux la poubelle trempée de pluie. Elle portait encore les marques des coups sur son dos. Mariam avait tenu bon, ayant promis d’épouser Isselmou, qu’elle aimait déjà d’un amour pur et sincère, sans s’expliquer outre mesure ce sentiment qui la portait vers lui sur des ailes d’admiration fascinée.

A l’époque, Isselmou était un adolescent aux cheveux longs et lisses, à l’ossature fine et racée, charmeur et tête brûlée. Il fréquentait l’école des colons, une semaine sur deux et passait le reste de son temps à se balader d’un campement à l’autre et à déclamer des vers où il vantait les charmes de Mariam, en bourrant de tabac noir sa pipe en os de mouton.

Mahfoudh finit par la marier à Lemrabott. Quand son détesté mari l’approchait, Mariam le piquait avec une aiguille dont elle se munissait à cet effet. Furieux, il la fouillait méthodiquement, à la recherche de l’instrument de torture. Mais il ne le retrouva jamais, malgré son zèle d’agent de la Gestapo. Lemrabott, excédé, la répudia, à la consternation de son frère, qui se voyait déjà doubler son cheptel.