Extrait de La couleur du vent, page 279

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Extrait de La couleur du vent, page 279

L’air était gris, sale de poussière marron, fatigué d’être fatigué. Un vent chaud et humide charriant un fond doucereux d’herbe pourrie soufflait du fleuve Sénégal, au sud. Ce vent vous prenait à la gorge et vous donnait envie de tomber dans un coma bienheureux d’où vous ne ressortiriez, ragaillardi, qu’à la fin de l’hivernage. C’était l’opposé absolu du vent frais et odorant, appelé le vent du Négro-africain, qui, avant les années 80, était le seul à souffler du sud pendant la saison des pluies. « Deux frères plus dissemblables, je crève », se dit Taala, en se protégeant le nez, le visage froncé en une grimace de dégoût.