Leila

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Leila

’’Penalty ?? Noooooon !!!!!’’ ’’Boum Boum !!’’ Et voilà que le tonnerre se mettait lui aussi de la partie. Son père redevient un véritable enfant quand il y a un match à la télévision. Il crie, il saute, il applaudit, sous le regard attendri de sa mère, Tatiana, une Russe. C’était une rousse pulpeuse, au nez retroussé et piqueté de taches de rousseur. Elle travaillait comme traiteur à domicile et ses clafoutis étaient les meilleurs de la ville, ainsi que ses gâteaux d’anniversaire. Son père, Mohamed, était professeur dans une université privée. Leur maison, au ksar, était petite mais propre et coquette.

Non, finalement, ce n’était pas le tonnerre, mais un camion qui pétaradait en passant. Leila se regarda dans la glace, lissa ses sourcils du bout d’un doigt imbibé de salive. Elle les avait fournis et bien dessinés. Note personnelle dont elle se contentait, dans un monde où toutes les femmes ou presque avaient changé la forme de leurs sourcils et s’étaient trouvées avec des sourcils stéréotypés, comme fabriqués à la chaîne, tellement ils étaient identiques d’une femme à l’autre. Cela ôtait beaucoup de charme à leurs visages, sans qu’elles s’en rendent compte… ôtait surtout à la beauté du regard, propre à chaque femme...

Leila n’était pas vraiment belle, mais sans le savoir, elle avait énormément de charme. Elle jetait sur la vie un regard tranquille, empreint de douceur, de candeur et d’émerveillement. Elle était sensible et généreuse. Ses parents la gâtaient outrageusement. Avec son petit frère Yeslem, encore un bébé, ils constituaient leur seule famille. Pourtant, elle demeurait simple et égale à elle-même.

Comme ses parents, elle avait un caractère heureux et était de commerce agréable. Elle était profondément compatissante et ne voyait que le bien partout. L’être humain pour elle était une créature idéale, pétrie de qualités visibles ou non.

Leila devait dormir tôt. Son patron ne badinait pas avec l’heure. Et quand on devait passer par le carrefour de Ould Mah, pour aller travailler, on avait intérêt à se magner. Son patron qui la surveillait de près, de si près …

A suivre ...

dans le recueil de contes et nouvelles

en cours de publication