Le prince mendiant

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Le prince mendiant

Jadis, au fin fond de la Mauritanie, là où les dunes de l’Aoukar formaient un bracelet de sable aux couleurs changeantes, nichait un village, Fardouss. Non loin de ce village, dormait paisiblement un lac aussi bleu que l’horizon était doré. Les habitants de ce village menaient une vie calme et studieuse. Ils vivaient de cultures céréalières, à l’ombre de palmiers dattiers prodigues, et du lait de leurs belles et grasses chamelles blanches.

Le chef de ce village, Ethmane, était marié et père d’un garçon, Mahmoud, dont il était très fier. En effet, son fils était très beau, très fort et très intelligent pour son âge.

Hafsa, la mère de son fils, était un autre grand sujet de fierté pour Ethmane. C’était une belle femme, au cœur grand comme un océan. La bonté brillait dans ses yeux et se déversait dans les cœurs en une fine pluie de diamants. Elle était l’étoile de leur firmament, celle qui chassait les ténèbres et les tourments, loin du village et de ses habitants.

En plus d’une vaste instruction, elle avait hérité de son père, sage Toucouleur des contrées sud du pays, des dons de guérisseuse aux pouvoirs étonnants. Les bienfaits de Hafsa étaient connus à des lieues à la ronde et on venait de toutes parts lui demander conseils, remèdes et médicaments, qu’elle prodiguait à tour de bras, sans discontinuer et sans montrer de signes de lassitude.

Depuis que le chef l’avait épousée, plus aucun mendiant ne hantait les rues. Tous les orphelins étaient casés dans une famille respectable et le village respirait la propreté et la prospérité. Son esprit régnait sur eux, bienfaisant. Les malades, sous ses soins, se rétablissaient à une vitesse miraculeuse.

C’était une femme fée, comme aimaient à le dire les villageois, réunis sous l’arbre à palabres. Cet arbre immense, un baobab aux appendices monstrueux et à l’ombrage dense, ornait une cour au sol en terre battue pour la circonstance. Cette cour occupait une aire au centre du village. Ce baobab, ne poussant habituellement que dans le sud, était miraculeusement apparu dans cette cour, comme pour rappeler à Hafsa la végétation de son enfance.

Chaque après-midi, les villageois se retrouvaient là, entre hommes, commentant les misères des uns et cherchant comme tous les hommes de la terre, à régler les problèmes des autres. Ethmane présidait à ces rencontres, son fils sur ses genoux. Il mettait un point d’honneur à ne jamais lui faire manquer une seule de ces réunions. Le plus souvent, les sujets de discussion étaient futiles, Hafsa, par sa seule présence, ayant résolu les difficultés majeures.

Hélas, Hafsa mourut subitement d’un mal inconnu. Les villageois, superstitieux, crurent leur fin arrivée et jurèrent de porter son deuil le restant de leur vie. Ethmane et Mahmoud demeurèrent plusieurs jours de suite prostrés, assommés par le chagrin. Ils vécurent seuls quelque temps, inconsolables tous les deux de la perte de l’être qui leur était le plus cher au monde. Rien ne semblait pouvoir combler la place que sa disparition avait laissée vide.

A suivre ...

dans le recueil de contes et nouvelles

en cours de publication