La chasse aux dunes de sable

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La chasse aux dunes de sable

Diakité regarde avec tristesse la terre rouge qui l’entoure de toutes parts.

Son grand-père lui a raconté que ça n’avait pas toujours été comme ça. Il n’y a pas longtemps, en 2015 seulement, lui affirme-t-il, il existait encore des arbres, remplis d’oiseaux, posés dessus comme des fruits bruyants. Avant que le désert n’avale tout dans son avancée et que le reste ne soit recouvert par la mer. Maintenant on ne voit que les dunes de sable rouges à l’est, du côté du désert et les dunes blanches, à l’ouest, du côté de l’océan.

Il était présent quand tout cela est arrivé et il n’oubliera jamais l’amertume des habitants de Nouakchott, impuissants devant la transformation sans espoir de leur belle ville en un tombeau vivant. Diakité va voir ses amis et leur déclare fermement : • Nous ne pouvons pas laisser les choses dans cet état. • Que pouvons-nous faire ? répondent ses amis, d’une même voix. • Nous devons réagir. Nous ne pouvons pas nous nourrir exclusivement de poisson. • En effet, les légumes et la viande nous parviennent tellement défraîchis par la longue distance parcourue, qu’ils sont immangeables. • Depuis que les sables ont enseveli toutes les routes, la seule denrée fraîche reste donc le poisson. • Et le poisson se fait de plus en plus rare à cause de la prospection pétrolière, qui a envahi tout notre espace maritime. Diakité et ses amis décident d’unir leurs efforts pour régler le problème de désertification qui a englouti leur pays, ses arbres, ses fleurs, ses fruits et ses légumes. Même les oiseaux ont fui ces contrées stériles, où on ne peut pas construire son nid et où les grains sont introuvables. Chacun des enfants devra planter dix arbres par jour. Les arbres seront transportés par les camions qui ravitaillent Nouakchott en viande, en fruits et en légumes. Ces arbres proviendront de la vallée du fleuve, qui a heureusement échappé à l’évasion du pays par les dunes du Sahara. Aussitôt dit, aussitôt fait. Toute la population de Nouakchott assiste, admirative, aux efforts fournis par les enfants pour sauver leur pays. La télévision, la radio, tout le monde en parle. Au bout de trois jours, tous les Mauritaniens sont au courant de l’initiative courageuse de Diakité et de ses amis. Ils deviennent de véritables stars locales. Tout le monde leur vient en aide et on accourt de toute part de la Mauritanie pour leur prêter main forte. Au bout d’un mois, un million d’arbres est planté tout autour de Nouakchott, le long des avenues et même entre les maisons et les édifices publics. Une semaine plus tard, une pluie torrentielle s’abat sur la ville. Les Nouakchottois, transfigurés de joie, les larmes de bonheur mêlées aux gouttes de pluie sur leurs joues, sortent tous dans la rue. Ils ont oublié à quel point la pluie sent bon et à quel point elle est rafraîchissante. Deux mois plus tard, la ville redevient verte et les oiseaux reviennent, en nombre de plus en plus grand, s’installer dans les grands arbres touffus. Les vergers reprennent leur place et croulent sous les fruits et les légumes. La nature faisant parfois bien les choses, les dunes issues du Sahara ont créé un cordon littoral encore plus efficace que le premier. La mer n’a plus qu’à se tenir tranquille. Pour remercier les enfants de les avoir sauvés de la désertification et d’une mort lente, les Nouakchottois érigent un monument à la mémoire de Diakité et de ses amis. On donne leurs noms aux avenues les plus vertes de la capitale et ils entrent dans l’Histoire par la grande porte.