Fatma

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Fatma

Le ciel se couvrait rapidement de gros nuages violets. Prémices inquiétants au cœur de Fatma car ils annonçaient la chaleur, la moiteur, la lourdeur, bref l’asphyxie doucereuse de Nouakchott après la pluie. Ce soir, Mohamed aurait sa crise d’asthme et ne pourrait pas venir ou choisirait d’aller chez son ex-femme, chez laquelle il pouvait entrer et sortir à sa guise. Manger, boire le thé et se mettre à l’aise. Une partie de jambes en l’air ne dérangerait même pas l’atmosphère de la maison, pensa méchamment Fatma.

Cette femme habitait seule et était d’origine malienne. Mohamed se défendait d’être encore amoureux d’elle, mais Fatma savait, comme seule une femme devinait ce genre de choses, qu’il mentait. Consciemment ou pas. Mais il mentait.

Que ne donnerait-elle pas pour avoir une peau plus ambrée, des cheveux plus bouclés ! Comme elle regrettait d’être allée à l’école, d’avoir eu son doctorat, d’être si blanche, d’avoir des cheveux si lisses.

Pourquoi avait-il divorcé pour qu’elle le rencontre, elle justement, et pour qu’elle en tombe aussi éperdument amoureuse, s’il était toujours fourré chez cette femme ? (elle n’arrivait pas à prononcer le nom abhorré) Elle ne s’était jamais intéressée à autre chose qu’à ses études puis à son travail de médecin à l’hôpital. Et voilà qu’elle remplissait ses ordonnances de tebri’at pour cet ingénieur en agronomie. Ce cultivateur. Ce paysan.

A suivre ...

dans le recueil de contes et nouvelles

en cours de publication