NOUAKCHOTT DE MON CŒUR

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NOUAKCHOTT DE MON CŒUR

Jusqu’à quand resterons-nous un peuple bon enfant, naïf, égoïste et superficiel ? Quand cesserons-nous de tout tourner en dérision, de faire une plaisanterie de tout, même de ce qui nous touche le plus profondément, le plus intimement. Faut-il toujours rire quand on a envie de pleurer. Peut-être, quelquefois … mais pas toujours.

Qu’il ne puisse se soigner, (le Mauritanien moyen, même pas le plus pauvre) sans se saigner la bourse et le cœur, passe, qu’il soit dévalisé et massacré à toute heure du jour et de la nuit et en toute impunité, passe encore, qu’il ne puisse joindre les deux bouts à la fin du mois et qu’il ait des cheveux blancs à force d’être harcelé par le boutiquier d’en face et le boutiquier de derrière, passe encore et encore, mais qu’il continue à vivre dans ce gigantesque bidonville mal famé qu’est Nouakchott, à côtoyer tous les cinq mètres, un fou, un chien méchant, une vache à cornes plus méchante encore, à se tordre la cheville dans les nids de poule, à essuyer de ses vêtements les liquides les plus innommables, à détruire dans sa voiture ce qui a échappé à l’érosion maritime du magasin du port, à se tromper chaque soir de rue, à force de tâtonner dans le noir et à se cogner à ces veilleurs de nuit solitaires et aveugles que sont devenus nos lampadaires, résignés depuis longtemps à une cécité éternelle, à recevoir à chaque coin de rue une balle de foot sur le frontal ou sur le pare-brise, à disparaître jusqu’aux narines dans une fosse septique sans couvercle, cela dépasse l’entendement.

Vous est-il arrivé, comme lui, de rentrer dans un charretier et de vous retrouver avec son âne dans les bras, tentant désespérément de vous maintenir en équilibre et d’éviter les sabots de la bête sur votre corps ? Un avant-goût de l’apocalypse. Non ?!! Cela ne vous est jamais arrivé ?!! Alors vous ne comprendrez jamais. Moi, ça m’est arrivé une fois et j’ai cru ma dernière heure arrivée.

La vie quotidienne dans la ville qui devrait faire notre fierté et non nous faire rougir devant les étrangers, n’est pas une gigantesque plaisanterie, qui ne sert qu’à nous fournir des sujets de moquerie, de critiques, de détente, dont le seul fruit est l’ironie gratuite et inutile. Son visage est le nôtre !!

Supporteriez-vous que quelqu’un se moque de votre mine, de vos vêtements, de votre démarche, de votre vocabulaire ? Non, bien sûr, alors comprenez que Nouakchott lui aussi en souffre. Son cœur bat trop faiblement, ses artères sont sclérosées, ses extrémités sont froides, son acuité visuelle est quasi nulle, ses narines sont bouchées, sa bouche est édentée, ses gencives enflammées, et son haleine fétide. Allons au secours de Nouakchott, sauvons-le. Cet appel est lancé aux Nouakchottois, les vrais, ceux qui protégeraient cette ville avec le bouclier de leurs corps, le nourriraient de leur sang et de leurs larmes. On pourrait organiser une collecte monstre, dans laquelle tout le monde pourra participer, selon ses possibilités financières.

Cela nous permettra de boucher les trous et ornières défigurant notre goudron quand il existe, goudronner quelques autres parmi les plus fréquentés et en désensabler d’autres encore moins importants. On payera la Mairie pour rassembler toutes les ordures et les brûler à quelques kilomètres de la ville et on payera quelqu’un pour s’assurer que la Mairie ne nous fera pas faux bond au dernier moment. On rendra leur sève électrique à nos misérables lampadaires et on en ajouterait d’autres. On repeindrait de couleurs pimpantes les quartiers les plus miteux et on viderait toutes les fosses septiques de la ville avant de les refermer hermétiquement.

On clôturera une immense surface pour garder les bêtes errantes, en attendant de les convoyer en brousse, pour en faire cadeau aux plus démunis et donner par là une leçon inoubliable à leurs propriétaires qui ne les laisseront plus gambader dans la rue impunément.

On désignerait certains axes périphériques à la circulation des camions et les camions n’emprunteraient plus d’autres rues, et à partir de 22h seulement. On internera tous les fous et on fera payer une amende au personnel médical responsable si on en rencontrait un dans la rue. On confisquerait tous les ballons et on ne les rendra qu’à ceux qui accepteront d’en jouer dans les terrains vagues, ceinturant la ville ou dans une enceinte prévue à cet effet. Prévoir d’autres axes aussi pour les charretiers, qui ne seront praticables que par ces derniers.

Mais comme je suis bien une Nouakchottoise, j’écris tout ça pour plaisanter, n’est-ce pas ?

PS : Pour finir, je voudrais, au nom des piétons, demander à nos bipèdes motorisés, de choisir une bonne fois pour toutes entre le trottoir et le goudron. Les piétons s’engagent à respecter scrupuleusement leur choix, quel qu’il soit.