Lecture de mon roman par Abdel Kader Ould Mohamed

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Lecture de mon roman par Abdel Kader Ould Mohamed

"Les milieux changent, les sociétés muent de siècle en siècle, les valeurs s’élastisent, les coutumes et les traditions sombrent dans la désuétude, la bigoterie est reléguée dans les oubliettes, les ordinateurs se perfectionnent, les juifs et les arabes flirtent ouvertement sous l’œil bienveillant des U.S.A, mais la société mauritanienne brandit, triomphalement, le glaive de sa servitude au passé et croupit avec délectation dans la fange des us et des croyances, abolis par le reste du monde’’. Au bout de l’un de ses interminables monologues, Lalla fidèle à "la religion de son mari" ou, pour être plus précis, à celle de son ex-mari, vient de constater que la fierté de ce pays fait son malheur.

La couleur du vent de Aichetou mint Ahmedou

Cet état d’esprit qui se manifeste, tout au long de la couleur du vent, un roman de Aichetou mint Ahmedou , semble bien caractéristique de la ‘’société mauritanienne’’ dont la mentalité collective enchaîne l’individu et le prive des vertus de l’anonymat. En effet, outre le miroir social qui reflète les subtilités d’une société à part entière sinon entièrement à part , on lit, à travers le livre de Aichetou, le journal intime d’un échantillon de personnages bien connus et assez représentatifs d’une génération des Mauritaniens tiraillée entre l’instinct grégaire de la tribu et le destin commun de la Nation, entre le nomadisme inné et le civisme , souvent mal assimilé, entre le snobisme moderniste et le suivisme traditionnel , entre le luxe et la sobriété ….. Entre un sincère attachement à la pudeur et une tendance , bien dissimulée , à la satire , l’auteur offre une lecture intelligente d’une société en mutation et peint idéalisme prétentieux des uns , et surtout des unes, tout en mettant en lumière les ombres d’une aspiration commune à l’émancipation sociale que traduisent les fameux débats de la société : (Divorce, esclavage traditionnel et domestique , condition féminine, islam, modernité, rapports inter communautaires..) et qui se heurte à la existence des mentalités. Au total , Le roman de Aichetou se présente comme un regard critique , poli comme il se doit et, dans bien de passages, poétique sur la société mauritanienne actuelle dans laquelle l’ archaïsme et le conformisme ne constituent pas , forcément, un obstacle au bonheur. Ce compte –rendu de ‘’la société mauritanienne’’ se réalise au fil des pages, éloquentes et émouvantes , parfois inévitablement étranges mais, toujours, instructives. Avec en toile de fond une certaine tendance, sans doute voulue, de succomber aux contraintes du langage social de la confuse modernité, lequel constitue un savoureux mélange du français mauritanisé et du hassaniya francisé , lequel puise, au fond , dans la pluralité culturelle et linguistique du pays. Tous comptes faits , Il est permis de penser que ce beau livre intitulé, à juste titre , ‘’ la couleur du vent’’ dont la couverture, soit dit en passant, est une magnifique œuvre d’art, attise, tel un fabuleux conte, la curiosité du lecteur et ne manquera pas, à coup sûr, d’éveiller les esprits en provoquant des confessions bien romantiques….

Abdel Kader ould Mohamed